Jules Verne – Voyage au centre de la terre

Présentation de l’éditeur :

Dans la petite maison du vieux quartier de Hambourg où Axel, jeune homme assez timoré, travaille avec son oncle, l’irascible professeur Lidenbrock, géologue et minéralogiste, dont il aime la pupille, la charmante Graüben, l’ordre des choses est soudain bouleversé. Dans un vieux manuscrit, Lidenbrock trouve un cryptogramme : Arne Saknussemm, célèbre savant islandais du XVIe siècle, y révèle que par la cheminée du cratère du Sneffels, volcan éteint d’Islande, il a pénétré jusqu’au centre de la Terre ! Lidenbrock s’enflamme aussitôt et part avec Axel pour l’Islande où, accompagnés du guide Hans, aussi flegmatique que son maître est bouillant, ils s’engouffrent dans les mystérieuses profondeurs du volcan…

~

« Oui ! il est parfaitement reconnu que la chaleur augmente environ d’un degrés par soixante-dix pied de profondeur au-dessous de la surface du globe ; or, en admettant cette proportionnalité constante, le rayon terrestre étant de quinze cent lieues, il existe au centre une température qui dépasse deux cent mille degrés. Les matières de l’intérieur de la terre se trouvent donc à l’état de gaz incandescent, car les métaux, l’or, le platine, les roches les plus dures, ne résistent pas à une pareille chaleur. J’ai donc le droit de demander s’il est possible de pénétrer dans un semblable milieu ! -Ainsi, Axel, c’est la chaleur qui t’embarrasse? -Sans doute. Si nous arrivons à une profondeur de dix lieues seulement, nous serions parvenus à la limite de l’écorce terrestre, car déjà la température est supérieure à treize cents degrés. -Et tu as peur d’entrer en fusion? -Je vous laisse la question à décider, répondis-je avec humeur.

Enfin, je lis mon premier Jules Verne ! Publié pour la première fois en 1864, ce roman est une petite merveille.

Tout commence à Hambourg où le professeur Lidenbrock et son neveu Axel découvrent un manuscrit du célèbre savant Arne Saknussemm. Ce dernier y explique comment il a réussi à se rendre au centre de Terre par le volcan Sneffels en Islande. À peine a-t-il découvert ce texte que le professeur Lidenbrock décide de partir sur les traces de Saknussemm et emmène avec lui son neveu. Arrivés en Islande, ils décident de se faire accompagner par un guide : Hans. Commence alors leur longue descente dans les entrailles de la Terre à leurs risques et périls. Et ce qu’ils vont y découvrir est loin de tout ce qu’ils avaient pu imaginer !

Le narrateur est Axel. Contraint de suivre son oncle, il ne partage pas du tout sa frénésie. Il a peur de ne jamais revenir vivant de cette expédition et essaye par tous les moyens de dissuader le professeur de partir. En vain. Pourtant, son comportement va changer au cours du voyage. Quant à Lidenbrock, c’est un homme passionné, têtu, obnubilé par la découverte qu’il vient de faire et ne voyant pas le danger. Hans reste le personnage le plus effacé, il parle peu, mais est efficace et sauve plusieurs fois l’oncle et son neveu d’une mort certaine.

Un roman d’aventures où j’ai été embarquée à 100 à l’heure dans un monde insoupçonné. Loin d’être gênée par les descriptions scientifiques des endroits découverts par notre trio, j’ai eu l’impression de les découvrir en même temps qu’eux. Un récit à la fois imaginaire et réaliste avec ce sentiment que tout cela aurait pu être possible…

Malgré une fin un peu trop précipitée, c’est une histoire des plus passionnantes. Mon premier Jules Verne et certainement pas le dernier !

[Ce livre est aussi le premier que je lis sur un reader (liseuse) emprunté à la bibliothèque. Une expérience concluante que je n’hésiterai pas à renouveler !]


Lu dans le cadre du challenge

Le 8 février, nous fêtions le 184e anniversaire de Jules Verne. BON ANNIVERSAIRE JULES !

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Alice Ferney – Grâce et dénuement

4e de couverture :

Sur un terrain vague subsiste un clan de Gitans indifférents à la société, à ses règles et à son confort. Leur existence est marquée par les naissances, les petites et les grandes fêtes. Un beau jour, une bibliothécaire déterminée et généreuse se met en tête de faire découvrir la magie de la lecture aux enfants.

Se nouent alors des relations de complicité. Car ce que découvre cette étrangère, par-delà la misère et la brutalité, c’est une chaleur particulière, la tendresse, et cette beauté qu’ont les femmes dans le dévouement. Quelque chose d’impalpable qu’on nomme l’humanité.

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Angéline, la grand-mère, ses cinq fils, ses quatre belles-filles et ses petits-enfants, ont élu domicile sur un terrain vague. Loin d’être acceptés par les habitants du quartier, ils y mènent une vie simple, sans confort, à l’étroit dans des caravanes. Un jour, Esther, bibliothécaire, débarque dans leur vie. C’est la seule à faire un pas vers eux en décidant de venir tous les mercredis lire des histoires aux enfants.

À travers les yeux d’Esther, le lecteur découvre le monde des gitans. Des hommes et femmes d’une autre culture, courageux, mais pauvres, sales, analphabètes, rejétés par la société, vivant de petits vols, des maris parfois saouls, infidèles, des femmes fortes, des mères aimantes. Esther, « la gadjé », ne pose pas de question, ne juge pas. Peu à peu, elle réussit à se faire accepter par les gitans, un lien se crée. À vrai dire, j’aurais aimé en savoir plus sur elle et comprendre ses motivations, car elle ne s’implique pas autant que je l’aurais pensé. Certes, elle leur fait la lecture tous les mercredis, se bat même pour qu’un des enfants aille à l’école, mais par exemple ne leur propose jamais à manger ou bien des vêtements. Difficile donc de cerner ses intentions.

Etant moi-même bibliothécaire, ce qui m’a le plus émue, c’est de voir à quel point ces enfants sont fascinés par l’univers magique des livres. Esther leur communique le plaisir de lire. Ces quelques heures de lecture leur font oublier le quotidien, les emporte dans un autre monde.

Je crois que la vie a besoin des livres, dit Esther, je crois que la vie ne suffit pas.

Tu vois, dit-il, ce livre si je savais lire j’le mangerais. Elle était émue. Elle lui prêta le livre pour la semaine.

Le titre prend tout son sens à la lecture du roman. En effet, le dénuement des gitans (manque d’eau, de nourriture, de chaleur, de vêtements, misère, enfants non scolarisés, analphabétisation) n’empêche pas leur grâce : ce sont avant tout des êtres humains avec des joies, des peines, des valeurs. Ils sont fiers, généreux,  dotés d’un caractère fort et d’un optimisme à tout épreuve.

Sans tomber dans le pathos, avec des mots simples, beaucoup de réalisme et de justesse, l’auteur arrive à nous toucher. Une belle leçon de tolérance et d’acceptation de l’autre.

Grâce et dénuement, un titre magnifique pour un livre touchant.

Celui qui donne le respect, reçoit le respect.

Editions Actes Sud, Babel, 2000
Editions J'ai Lu, 2002

Une lecture commune avec Reka et Lucile


			

Mathias Malzieu – La mécanique du coeur

4e de couverture:

Edimbourg, 1874 : le jour le plus froid du monde. Lorsque Jack naît, son cœur gelé se brise immédiatement. La sage-femme le remplace par une horloge et le sauve. Depuis lors, il doit prendre soin d’en remonter chaque matin le mécanisme. Mais gare aux passions ! Le regard de braise d’une petite chanteuse andalouse va mettre le cœur de Jack à rude épreuve…

~

Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux.
Car alors pour toujours à l’horloge de ton coeur la grande aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique de ton coeur sera brisée de nouveau.

Le petit Jack est né par une nuit d’hiver glaciale où son coeur s’est gelé instantanément. Madeleine, la sage-femme, lui greffe alors une horloge à la place afin qu’il puisse vivre. Adopté par cette dernière, il mène une vie à l’écart du monde avec ce nouveau coeur fragile. Un jour, malgré les réticences de Madeleine, il décide de s’inscrire à l’école. C’est là qu’il rencontre une magnifique petite chanteuse andalouse, Miss Acacia dont il tombe immédiatement sous le charme. Mais c’est aussi à ce moment-là qu’il prend conscience qu’il est différent des autres et que les gens ne sont pas tous bons.

Mais l’horloge a beau être fragile, la petite chanteuse s’y est confortablement installée. Elle a déposé ses valises d’enclumes dans tous les coins, pourtant je ne me suis jamais senti aussi léger que depuis que je l’ai rencontrée.

Quand je panique la mécanique de mon cœur déraille au point que je me prends pour une locomotive à vapeur dont les roues décollent dans les virages. Je voyage sur les rails de ma propre peur.

Ce court roman attire d’abord par sa couverture rappelant l’univers de Tim Burton. Mais La mécanique du coeur est avant tout un joli conte rempli de poésie, d’amour, de douceur, de mélancolie et d’humour à la fois. Une très belle écriture riche en métaphores (peut-être un peu trop) qui nous transporte à travers les aventures de Jack, petit garçon terriblement touchant, pour retrouver son amour perdu.

Un univers magique, captivant où l’Amour, le Vrai prédomine.

Seul petit bémol: la façon dont s’exprime Jack et les aventures qu’il vit m’ont parfois semblées un peu irréalistes pour son âge.

Lu dans le cadre du challenge  (Un coup de coeur de Lael)

Editions J'ai lu, 2009

Colette – La chatte

4e de couverture :

Colette crée ici un dramatique triangle amoureux dont les acteurs sont Alain, Camille et leur chatte Saha. Alain aime en Camille sa beauté idéalisée faite d’immobilité et de silence, mais il est déconcerté par son exubérance. Il voit en Saha la chimère sublime qui domine sa vie, mais la chatte devient pour Camille la rivale détestée contre laquelle aucun procédé n’est trop brutal.

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Alain, homme quelque peu immature tout juste sorti de l’adolescence, vient d’épouser Camille. Nos deux tourtereaux emménagent dans un nouvel appartement et commence leur vie de couple. Mais très vite, la jalousie s’installe. En effet, Camille a du mal à supporter l’amour inconditionnel qu’Alain porte à Saha, un splendide Chartreux. Comment peut-elle rivaliser ? Rapidement, les tensions vont apparaître jusqu’à la confrontation finale lourde de conséquence…

Je dois avouer que nos deux protagonistes ne sont guère attachants, Camille est trop superficielle à mon goût et Alain trop gauche et immature. Saha, quant à elle, est très intelligente et observe tout ce qui se passe autour d’elle. On la croirait presque humaine.

La jalousie qu’éprouve notre jeune femme envers Saha est compréhensible. La chatte est omniprésente et l’occulte quelque peu. C’est simple Alain n’a d’yeux que pour elle et délaisse de plus en plus sa femme.

Après toi je serai sans doute à qui voudra…À une femme, à des femmes…Mais jamais à un autre chat.

– […] Tu aimes Saha…
– Je ne te l’ai jamais caché, mais je ne t’ai pas menti non plus quand je t’ai dit : Saha n’est pas ta rivale…

Certes, il ne se passe pas grand chose dans ce roman et j’espérais plus de tensions entre Camille et Saha, mais Colette a une plume très jolie et agréable. De plus, les descriptions qu’elle fait de Saha sont magnifiques. 

Editions France Loisirs, 2008

Belinda Cannone – Entre les bruits

4e de couverture :

Jeanne a l’ouïe si fine qu’elle entend tout. Le crissement des griffes d’une souris dans la maison voisine. Ou le gémissement d’une renarde au fond de la forêt. Ou le flic-flac de la pluie sur les feuilles d’un arbre éloigné. Toutes ces choses l’inquiètent plus qu’elles ne l’émerveillent. Jeanne a onze ans. Elle aimerait comprendre ce qui lui arrive. Jodel est un homme qui possède le même don – talent ? handicap ? – que Jeanne. Lorsqu’ils se rencontrent, il décide de lui apprendre à maîtriser cette faculté étrange qu’ils ont en commun. Une merveilleuse amitié naît entre eux, une amitié joyeuse et studieuse. Mais, très vite, tout se complique : une musicienne amoureuse, un fait divers sordide, les Renseignements généraux, un groupe de marginaux, un criminel de guerre non repenti font tour à tour irruption dans cette histoire parfaitement logique et totalement rocambolesque. C’est que nous sommes dans un conte, ou plutôt une fable moderne. Et que l’auteur de cette fable, qui a pour objet la rumeur du monde, ne renonce à rien pour se faire entendre. Féerique, érotique, politique, ce roman qui mêle tous les genres est aussi une exploration du désordre.

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Jodel Paquiseul souffre d’hyperacousie, son ouïe perçoit les sons plus fort qu’ils ne le sont réellement, des sons inaudibles pour des personnes « normales ». Cette maladie rend sa vie quotidienne difficile. Mais de ce handicap, Jodel a décidé d’en faire un atout puisqu’il aide la police scientifique en tant qu’ingénieur en physique des sons. Il écoute des bandes sonores afin d’y repérer des indices utiles à l’enquête en cours.

La conque de ses oreilles, ce matin, ne dispense aucun plaisir tandis qu’il se gare dans l’impasse du labo. Un vélo-moteur déchirant l’air frais fait lever en lui des désirs de sniper. La traversée du bourg, après le calme de son hameau, lui coûte toujours : entrée dans le vacarme. C’est pourquoi il arrive très tôt, dès le lever du soleil, avant la clameur.

Un jour, il fait la connaissance d’une petite fille de dix ans, Jeanne. Elle a la même maladie que lui. Très vite, ils se lient d’amitié et une grande complicité naît entre eux. Chaque jour, ils partent en forêt écouter le monde…  Jodel essaye de lui apprendre à mieux différencier les sons afin qu’elle ne soit plus aussi submergée par eux.

Il se sent incroyablement fier, se dit-il ce matin, d’avoir noué une amitié avec une petite fille, une petite fille extraordinaire qui mérite de ne pas errer dans la jungle sonore comme il le fit lui-même dans son enfance, violenté longtemps par les bruits, se croyant bizarre, anormalement délicat – pourquoi souffrait-il du vacarme et les autres non ? pourquoi avait-il tant de mal à sélectionner les sons ? à écouter son interlocuteur sans être noyé dans les bruits environnants ? pourquoi vivait-il dans la confusion ? pourquoi avait-il tout le temps peur ? -, avant de comprendre qu’il n’avait pas les mêmes oreilles que les autres, qu’il était particulier, mais qu’il pouvait mettre de l’ordre dans ses perceptions, ne pas tout affronter, faire reculer l’effroi. Oui, l’effroi.

D’autres personnages font leur apparition : Jaumette, la mère de Jeanne, une musicienne très douée. Jodel et elle deviendront amants. Puis il y a aussi Oulan, un type un peu spécial, nomade, qui apportera son aide lors d’une enquête.

C’est avant tout une histoire d’amitié, la relation entre Jodel et Jeanne, sa petite guenon, est très belle et bien décrite. Il s’agit également d’une histoire d’amour (entre Jaumette et Jodel) et d’une enquête policière puisque Jodel, Jeanne et Oulan vont être sollicités pour écouter des conversations de malfrats.

Même si le côté policier  n’avait pas – pour moi – sa place dans cet univers, ce roman plein de poésie est très agréable à lire, chaque mot est choisi avec soin. L’auteur nous apprend à tendre l’oreille, à écouter plus attentivement les sons qui nous entourent.

Un livre qui séduira sûrement plus d’un lecteur.

Editions de l'Olivier, 2009

Sartre – Huis clos ; suivi de Les mouches

4e de couverture :

Garcin : – Le bronze… (Il le caresse.) Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent… (Il se retourne brusquement.) Ha ! vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. (Il rit.) Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les Autres.

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« L’enfer c’est les autres ». Cette phrase est connue de (presque) tout le monde. Pourtant, la pièce dont elle est tirée l’est un peu moins. Et c’est bien dommage.

Huis clos est une pièce de théâtre en un acte. L’histoire se déroule en Enfer dans un lieu confiné. Les trois personnages (Garcin, Inès, Estelle) ne se connaissent pas, mais sont condamnés à vivre ensemble pour l’éternité, il n’y a pas d’échappatoire possible.

Très vite, le ton monte, ils se supportent de moins en moins. Il faut dire que leur caratère sont très différents. Mais même si chaque personnage devient l’enfer de l’autre, il s’avère qu’ils ont besoin les uns des autres.

À tour de rôle, ils vont se confier leurs pêchés, et au fur et à mesure, réaliser le sens de la vie et de la mort.

L’Enfer de Sartre ne ressemble pas du tout à ce nous imaginions, ni à ce qu’imaginaient les personnages. Pas de diable, ni de flammes, ni de torture. Cet enfer pourrait exister dans notre monde.

Moi qui ne suis pas une adepte des pièces de théâtre,  je me suis régalée à la lecture de celle-ci ! Sartre entraîne le lecteur dans un univers singulier, étrange. Son écriture est agréable et facile à lire tout en incitant à la réflexion.

La seconde pièce, « Les mouches » raconte l’histoire d’Oreste qui, rentrant à Argos, découvre la ville envahie par des mouches. Sa mère, Clytemnestre et son beau-père, Égisthe, ont assassiné son père Agamemnon. Influencé par sa soeur Electre, Oreste décide de le venger.

Malheureusement, je dois dire que je n’ai pas adhéré à cette pièce et elle fût vite oubliée…

Editions Gallimard, collection Folio, 2000

Lu dans le cadre du défi (septembre)

Anne Révah – Manhattan

 

 4e de couverture :

Elle part. Elle fuit après avoir appris l’inacceptable. Elle n’a pas peur, non, mais elle veut mettre de l’ordre dans sa vie. C’est une lettre qu’elle choisit d’écrire, une seule lettre. Les mots coulent comme un torrent, emportant sur leur passage la vie d’avant, les secrets, les mensonges, les blessures non refermées. Elle écrit et se délivre, fait place nette, se retrouve enfin et peut, apaisée, aller vers son destin.

J’aurai voulu qu’il y ait quelqu’un sur mon chemin pour suspendre la chute…

Une femme, une vie apparemment parfaite (mari, enfants, réussite professionnelle), puis un jour cette douleur apparaissant à l’avant-bras…

Un mélange de brûlure et d’anesthésie dessinait un rectangle sur la face interne de mon avant-bras, à partir de la jonction avec ma main. C’était une bande de deux centimètres de large sur quinze centimètres de long, à la place qu’occupe ma montre; ça ressemblait à un plan de Manhattan (…)

Le verdict tombe : de mystérieuses taches blanches dans son cerveau. Une maladie grave.

Elle prend peur et décide alors de fuir, de tout quitter sans prévenir personne. Elle prend ses affaires et part avec son chien. Après être passée d’hôtels en hôtels, puis à l’aéroport où elle renonce à partir loin, elle va finalement se réfugier un petit studio parisien.

C’est là qu’elle va se poser et entamer l’écriture d’une longue lettre à sa mère. Une lettre accusatrice qui la libèrera d’une lourd secret qu’elle a tenu enfui pendant des années. 

Cette lettre sera aussi le moyen de faire le bilan de sa vie.  Une vie passée à jouer le rôle que les autres lui ont donné.

Maintenant je vais laisser tout le monde. J’ai déjà commencé, je ne vais pas vous regarder glisser dans une vie où je ne suis plus ; je ne peux plus y être, mais toi à présent tu vas savoir, je veux que tu lises tout ce que j’ai à dire. Ne pleurniche pas sur mes enfants, ni sur Victor, ils se débrouilleront, ils apprendront à ne plus m’attendre, j’étais avec eux mais je n’y étais pas, à partir de maintenant je suis une vraie absente, ils se débattront, puis ils ne lutteront plus, le temps éloignera mon souvenir, mon absence se fera plus légère (…)

Au début, on ne comprend pas sa réaction très égoïste, son absence de sentiments. Mais qui sommes-nous pour juger ? Que ferons-nous dans un cas pareil ? Petit à petit, on se rend compte qu’elle a fui pour ne pas faire souffrir son entourage, pour préserver les gens qu’elle aime.

J’ai vraiment été touchée par ce récit, maintes fois j’ai eu l’impression que la narratrice s’adressait directement à moi.

Les mots sont justes, rien de superflu.

Un premier roman court, mais douloureux, avec une fin inattendue.

Un grand merci à Cynthia pour ce livre voyageur.

Les bulles – Claire Castillon

4e de couverture :

Petite, je me croyais anormale; Je suis ravie que tu fréquentes mon frère; Mon mari ne me touche pas depuis des lustres; Je ne vois pas pourquoi il me tromperait; J’ai toujours su que j’étais la mère de mon neveu; L’amour n’est pas un spectacle; Si je meurs, pense à Hugues Aufray.
Jamais à une fantaisie près, chacun ici vit dans sa bulle, à travers laquelle les images du monde parviennent déformées, fêlées, désespérées. A moins que, faisant office de loupe, celle-ci permette de mieux scruter certains détails troublants de vérité.

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Il y a 3 ans, je découvrais Claire Castillon avec son recueil de nouvelles « Insecte« . Son humour noir et sa plume incisive m’avaient tout de suite plu. Et c’est avec plaisir que je me suis à nouveau plongée dans l’univers de cet auteur.

Au travers de 38 nouvelles dont chacune porte comme titre un prénom, Claire Castillon nous fait partager le quotidien d’hommes, de femmes, de couples, tous enfermés dans leurs bulles avec, pour certains, leur idées préconcues et pour d’autres leur naïveté parfois si extrême qu’on a envie de les secouer, de leur faire prendre conscience de la réalité.

Autant dire que l’auteur n’a rien perdu de son ton acerbe. Les nouvelles sont composées de phrases courtes, mais percutantes, dotées d’une pointe de provocation. Les chutes sont toujours si imprévisibles. Néanmoins, il est évident que pour les apprécier, il ne faut pas les lire au premier degré. Et puis, Claire Castillon on aime ou pas ;-)

Pour ma part, même si j’ai trouvé ce recueil un poil en dessous de Insecte, j’ai tout de même passé un très bon moment.

Editions Fayard, 2010
Sortie le 18 août en librairie !

Un grand merci à la  pour l’envoi de ce livre.

Eric-Emmanuel Schmitt – L’évangile selon Pilate

4e de couverture :

Première partie : Dans le jardin des oliviers, un homme attend que les soldats viennent l’arrêter pour le conduire au supplice. Quelle puissance surnaturelle a fait de lui, fils de menuisier, un agitateur, un faiseur de miracles prêchant l’amour et le pardon ?

Deuxième partie : Trois jours plus tard, au matin de la Pâque, Pilate dirige la plus extravagante des enquêtes policières. Un cadavre a disparu et est réapparu vivant ! Y a-t-il un mystère Jésus ou simplement une affaire Jésus ? A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s’insinue dans son esprit. Et avec le doute, l’idée de foi.

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En ce mois de juillet, Pimprenelle nous a donné rendez-vous pour découvrir Eric-Emmanuel Schmitt dont j’ai déjà lu quelques romans et nouvelles. J’ai donc profité de l’occasion pour sortir de ma PAL « L’évangile selon Pilate » qui y prenait la poussière depuis un bon bout de temps.

L’histoire est structurée en deux parties. Dans la première, nous découvrons Yéchoua à l’aube de son arrestation au jardin des oliviers. Il repense à sa vie, se pose des questions sur sa Mission. Sous la plume de Schmitt, Jésus est montré avant tout comme un être humain, avec ses faiblesses et rempli de doutes. 

La deuxième partie est composée de lettres que Pilate écrit à son frère Titus. A travers ces lettres, le lecteur suit l’enquête qu »il mène pour retrouver le corps de Yéchoua, disparu de façon inexpliquée. Pilate établi des hypothèses, mais qui s’effondrent à chaque fois, faute de preuves. D’autant plus que de nombreux témoignages commencent à arriver : le Christ est ressuscité, des gens l’on vu et lui ont parlé. Très sceptique, Pilate ne croit pas tout d’abord pas à cette réssurection. Puis petit à petit, le doute s’insinue en lui…

Ce livre a le mérite d’être original et intéressant puisque Schmitt nous fait partager la vision de Yéchoua et de Pilate et nous fait voir d’une autre manière une histoire que l’on connait bien. Et puis je trouve qu’il ne s’en sort pas trop mal sur un sujet si délicat. L’humour est parfois bien présent notamment avec Craterios, ce philosophe cynique, ancien précepteur de Pilate et son frère.

Cependant, n’étant pas très portée sur la religion, j’avoue avoir eu un peu de mal à certains moments avec le message d’Amour que véhicule Jésus et ses disciples, ça a quelque peu gêné ma lecture.

Néanmoins, ce roman peut pousser certains lecteurs à la réflexion et au questionnement.

Une lecture en demi-teinte, mais que je ne regrette pas.

 Decouvrez Eric-Emmanuel Schmitt chez Pimprenelle

Alexandre Dumas – La dame pâle

4e de couverture :

Au cœur des Carpathes dans le sombre château de Brankovan, les princes Grégoriska et Kostaki s’affrontent pour conquérir la belle Hedwige. Or Kostaki est un vampire qui revient chaque nuit assouvir sa soif de sang auprès de la jeune femme devenue l’objet d’une lutte sans merci entre les deux frères. Une étrange histoire pleine de romantisme et de fantastique où l’angoisse le dispute au romanesque…

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Publié en 1849, La dame pâle est un conte fantastique extrait des Mille et un fantômes.

 » Ecoutez, dit la dame pâle avec une étrange solennité, puisque tout le monde ici a raconté une histoire, j’en veux raconter une aussi. Docteur, vous ne direz pas que l’histoire n’est pas vraie; c’est la mienne… Vous allez savoir ce que la science n’a pas pu vous dire jusqu’à présent, docteur; vous allez savoir pourquoi je suis si pâle.

En ce moment, un rayon de lune glissa par la fenêtre à travers les rideaux, et, venant se jouer sur le canapé où elle était couchée, l’enveloppa d’une lumière bleuâtre qui semblait faire d’elle une statue de marbre noir couchée sur un tombeau.

Pas une voix n’accueillit la proposition, mais le silence profond qui régna dans le salon annonça que chacun attendait avec anxiété. »

Ainsi démarre ce court récit d’une centaine de pages.

La narratrice, Hedwige, est la fille d’un seigneur polonais. Alors que la guerre fait rage entre la Pologne et la Russie, elle se voit contraint par son père de quitter le château afin d’être plus en sécurité. Ce dernier l’envoie au monastère de Sahastru. Sur la route, Hedwige et les personnes qui l’accompagnent se font attaquer. Elle trouvera refuge dans le château isolé des frères Grégoriska et Kostaki. Tous deux vont tomber amoureux de la jeune fille et se battre chacun à leur manière pour conquérir son coeur.

Cette nouvelle traite du mythe des vampires (bien qu’il n’apparaisse que tard dans l’histoire), mais il y a également une belle et sombre histoire d’amour, une lutte entre le Bien et le Mal qui devra se terminer par le sang…

Certes Dumas ne renouvelle pas le genre, mais ce fût une agréable lecture grâce à son talent de conteur et ses très belles descriptions des Carpathes.


Lu dans le cadre des défis